Le taux d’effort, le reste à vivre, le différentiel entre revenus nets et charges fixes : c’est là que se joue la faisabilité d’un premier achat immobilier, bien avant la recherche du bien. Avec une part de primo-accédants montée à 43,7 % des prêts immobiliers en 2025 selon Meilleurtaux, le marché s’est rouvert, mais les conditions d’octroi restent structurées par des normes strictes. Nous détaillons ici les points techniques que les guides généralistes survolent.
Norme HCSF et structuration du plan de financement
Le taux d’endettement maximal reste plafonné à 35 % des revenus nets, assurance emprunteur incluse. Cette norme du Haut Conseil de stabilité financière ne souffre que de rares dérogations, réservées à environ 20 % des dossiers par établissement, et principalement fléchées vers les primo-accédants en résidence principale.
Nous recommandons de faire calculer votre capacité d’emprunt en intégrant dès le départ le coût de l’assurance, les charges de copropriété prévisionnelles et la taxe foncière. Un dossier qui frôle les 35 % sans ces postes sera recalé en comité.
L’apport personnel conditionne le taux proposé. Un apport couvrant au minimum les frais d’acquisition (frais de notaire, garantie, frais de dossier) reste le seuil plancher pour obtenir des conditions compétitives. En dessous, le surcoût en taux peut représenter plusieurs dizaines de points de base sur la durée totale du crédit.

PTZ 2025-2027 : nouvelles règles de financement pour primo-accédants
Depuis le 1er avril 2025, le prêt à taux zéro a été élargi à tous les logements neufs sur l’ensemble du territoire, sans restriction de zone géographique. Cette extension, prévue par l’article 90 de la loi de finances pour 2025 et le décret n° 2025-299 du 29 mars 2025, court jusqu’au 31 décembre 2027.
Le PTZ peut désormais financer de 10 % à 50 % du coût de l’opération, avec des plafonds de coût retenu allant de 100 000 à 360 000 euros selon la composition du ménage et la localisation. Les plafonds de revenus ont été revalorisés, ce qui ouvre le dispositif à des profils auparavant exclus.
Articuler PTZ et prêt principal
Le PTZ ne finance qu’une fraction de l’opération. Le montage classique combine PTZ, prêt amortissable principal et apport. Le différé de remboursement du PTZ (de cinq à quinze ans selon la tranche de revenus) allège les premières mensualités, mais augmente mécaniquement le coût total du prêt principal puisque celui-ci porte sur une durée plus longue.
Nous observons que certains emprunteurs négligent ce point : le gain apparent en mensualité masque un surcoût d’intérêts sur le prêt complémentaire. Il faut comparer les scénarios avec et sans PTZ sur le coût total, pas seulement sur la mensualité.
Frais de notaire et DMTO : anticiper le poste le plus sous-estimé
Les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) représentent la part principale des frais de notaire dans l’ancien. Depuis la hausse intervenue dans la grande majorité des départements, les frais de notaire dans l’ancien absorbent une part significative de l’apport.
Dans le neuf, les frais sont réduits (de l’ordre de 2 à 3 % contre 7 à 8 % dans l’ancien), ce qui modifie radicalement le besoin en apport. Sur un achat à budget équivalent, l’écart de frais entre neuf et ancien peut atteindre plusieurs milliers d’euros, un paramètre à intégrer dès la phase de recherche.
- Frais de notaire dans l’ancien : inclure DMTO, émoluments du notaire, frais de formalités et contribution de sécurité immobilière.
- Frais dans le neuf : TVA déjà incluse dans le prix, frais réduits mais vérifier la présence éventuelle de frais de raccordement ou de réservation.
- Frais de garantie : privilège de prêteur de deniers (remplacé par l’inscription en privilège de prêteur) ou caution mutuelle, avec des coûts et des modalités de restitution différents.
- Frais de courtage : si vous passez par un courtier, sa commission (fixe ou proportionnelle) s’ajoute au montage global.
Compromis de vente : les clauses suspensives à verrouiller
La clause suspensive d’obtention de prêt est obligatoire sauf renonciation expresse de l’acquéreur. Nous recommandons de ne jamais y renoncer lors d’un premier achat, même sous pression du vendeur. Le délai minimal légal est de trente jours, mais négocier un délai de quarante-cinq jours reste prudent compte tenu des délais réels d’instruction bancaire.
Clauses souvent oubliées par les primo-accédants
Au-delà du financement, plusieurs clauses suspensives méritent d’être intégrées au compromis :
- Clause suspensive de vente d’un bien existant si vous êtes locataire avec un bien à céder (rare pour un primo-accédant, mais pertinent en cas de donation ou succession).
- Clause liée à l’obtention d’un permis de construire ou d’une autorisation de travaux, si le projet inclut une rénovation lourde.
- Clause de servitude : vérifier l’absence de servitudes non mentionnées dans l’annonce, notamment les servitudes de passage ou de canalisation.
Le délai de rétractation de dix jours court à compter de la notification du compromis. Ce délai est incompressible et ne nécessite aucune justification. Passé ce délai, seule l’activation d’une clause suspensive permet de sortir sans pénalité.

Assurance emprunteur et délégation : un levier de négociation sous-exploité
La loi Lemoine permet de changer d’assurance emprunteur à tout moment, sans frais ni pénalité. Pour un primo-accédant jeune et en bonne santé, la délégation d’assurance peut réduire le coût total du crédit de plusieurs milliers d’euros par rapport au contrat groupe de la banque.
Le questionnaire de santé a été supprimé pour les prêts dont la part assurée ne dépasse pas 200 000 euros par assuré et dont le terme intervient avant le soixantième anniversaire. Ce seuil couvre une large part des premiers achats. Vérifiez systématiquement si votre dossier entre dans ce cadre avant de remplir un questionnaire médical.
Un premier achat bien structuré repose moins sur la découverte du bien que sur la solidité du montage financier en amont. Le PTZ élargi, les frais de notaire revalorisés et les marges de négociation sur l’assurance constituent trois leviers concrets à activer avant même de programmer une visite.